Le président Emmanuel Macron à l'Elysée, le 18 septembre 2026 à Paris ( POOL / Thomas SAMSON )
"On les aura !", "Donald, y connaît pas Raoul", "Démissionner ? Jamais! " : Emmanuel Macron a découvert trois jours avant leur publication que ses échanges privés par messagerie avec la journaliste Françoise Degois allaient être divulgués dans un livre. Des confidences qui contrastent avec les rapports que le chef de l'État s'était imposés avec la presse.
Dans "Vous êtes tous trop durs avec moi" (Éditions Robert Laffont), titre inspiré d'un des échanges qui s'étirent sur deux ans, la journaliste, qui fut aussi conseillère de Ségolène Royal, concède n'avoir pas demandé l'autorisation du président avant de rendre publique cette correspondance.
"C'est un livre qu'on a découvert lundi", confirme-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron.
De la dissolution ratée en juin 2024 à l'ascension du Rassemblement national, le chef de l'État s'épanche sur ses décisions et sa détermination à tenter d'empêcher le parti lepéniste d'accéder à l'Élysée.
"Cette dissolution, qui m'a tant coûté à tous égards, a quand même bloqué le RN là. J'en suis sûr. Il était prêt pour l'automne mais pas pour juin (...) Et pendant que les autres ébrouent leurs ego, ils se repréparent. Ce sera là leur responsabilité", assure-t-il.
"Tout cela n'intéresse pas les Français"
"La machine veut du sang. Elle veut le RN", écrit-il un soir de juin 2026. En est-il effrayé, inquiet ? "Non ! Haut les cœurs ! On les aura ! Tous !", martèle-t-il.
"En vrai, tout mouvement profite au RN. Si vous voyiez les mecs de droite. Pour la plupart d'entre eux, ils courent à la gamelle RN au galop. Donc je confirme : faut baisser la température et pas jouer avec les allumettes", poursuit-il.
Il se justifie encore sur son refus de nommer un Premier ministre de gauche après la dissolution. "Vous n'avez pas gagné. C'est le RN qui a gagné", dit-il à la journaliste qui lui suggère d'essayer la gauche. "Vous sautez en une semaine si je nomme n'importe qui, vous n'êtes pas fichus de vous mettre d'accord. Franchement".
Le chef de l'Etat épingle aussi au passage son jeune Premier ministre sortant d'alors, Gabriel Attal, qu'il tient depuis à distance. "On lui a trop donné. Tout le temps. Trop".
Autant de correspondances balayées d'un revers de la main à l'Élysée. "Il dit qu'il est pour la réforme des retraites, gros scoop, que Gabriel Attal a été bien gâté, gros scoop, que des personnalités de droite vont aller chez le RN, énorme scoop", lance le proche cité plus haut. Au final, il est "conforme sur le fond à ses propos publics", dit-il.
"Tout cela n'intéresse pas les Français", a réagi de son côté Gabriel Attal sur BFMTV. "Chacun fait ses commentaires comme il le veut, quand il le veut, et avec qui il le veut manifestement, y compris avec des journalistes".
"Connivence", "confidences"
Ces correspondances entrent en contradiction avec la pratique que le président de la République s'était promis de s'imposer avec la presse. "Il y a aujourd'hui une connivence qui existe entre le monde politique et le monde médiatique", déplorait-il en 2016 sur le plateau de Mediapart.
"Je n'ai pas d'amis journalistes. Je ne fais pas de connivence, je ne fais pas de confidences", assurait à l'époque le candidat à l'élection présidentielle, cherchant à se distinguer de François Hollande, dont les confidences à deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, venaient d'être révélées dans un livre, "Un président ne devrait pas dire ça...", dont la publication à quelques mois de la fin de son mandat avait plongé le gouvernement dans le désarroi.
Outre celle de Gabriel Attal, mercredi, les réactions politiques à la parution du livre de Françoise Degois sont rares. "Je connais un peu Françoise Degois et Emmanuel Macron (pauvre de moi). Je ne crois pas une seconde que ce dernier ne savait pas ce qu'il faisait", a assuré sur X l'Insoumis Aurélien Taché, transfuge du macronisme.
Au contraire, Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et proche du couple présidentiel, a dénoncé sur BFMTV une pratique "très bizarre", "pire" qu'une "trahison" de la part de la journaliste, tout en affirmant qu'il n'y a "que les grands naïfs qui pensent que les offs sont des offs".

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